Au soleil

Rédigé par Tautavel - 08 août 2013

au soleil
d'une nuit sans brume
d'un jour sans lumière
d'un lac sans reflets
d'un corps sans âme

Classé dans : Journal - Mots clés : aucun -

Tranfert génétique instantané

Rédigé par Tautavel - 25 mai 2013


:  130519_01  :

Dans ce monde bancal
où rien ne tient droit
où tout est instable
tordu, déséquilibré et se fracasse

la matière ne repose
que sur un pied unique
le plus petit orage électrique
la fera basculer

dans le vide
le néant
le précipice
la nuit

Et dans cette nuit
où rien ne se tient
où tout est mouvant, à double visage
où tout n’est qu’ombre et mirage

Alors que ton corps chavire
doucement dans la plaine noire
nous ne trouvons aucun repère
pas un seul point fixe
aucun centre à notre ellipse
Pour mesurer nos métamorphoses

errance de nos corps dans un monde sans bornes
errance de nos esprits construits par eux même selon leur propres lois
dans un espace sans limite ou ne menant qu’à lui même
boucles et accélérateurs de ce monde sans loi

ce monde qui ne pouvait que se disloquer
se disloqua

:  130519_03  :

la nuit qui nous sépare
est d’une brume épaisse
ou nagent des segments de spectres
au centre, un noyau noir rayonne d’obscurité
et autour on sent les esprits qui rodent

ton âme décousue se balance entre les arbres
grimaçant avec ton sourire édenté
le sinistre espace que tu as hanté
tu ne dis mot, tu fixe l’horizon

dans le vent ton corps déchiré se balance
avec tes bras désarticulés
tes yeux de bois et tes narines obscures
seul ton poitrail pneumatique se meut encore

*

chromosomes étrangers à mon corps
reconstitution de ton être dans le mien
cellules souches marbrées
les clous dans ton cerveau et le marteau qui cogne

le transfert est programmé
ta reconstitution et enclenchée
renaissance d’un esprit
dans les membranes nouvelles

à rebours
génome synthétique
ré-encodage des fondations de ton esprit
puis à nouveau son développement,
ta régénération
toi,
pas un autre toi
toi

:  130519_04  :

déchirure fugace d’une plaie béante
crochets lancés au hasard
massacres d’âmes errantes
chocs des blocs de granit

au dessus de nos têtes

éclats de pierres
obus de mortier
tir de canon dans toutes les directions
c’est la guerre aveugle en plein été

autour de nos têtes

les terres se heurtent
le magma sous pression vrombit
le tremblement te réveille en pleine nuit
une épaule de cheval se déboîte, et ton œil tourne

en dessous de nos têtes

dans ton sommeil le rêve devient la réalité
et tu vois une licorne qui pleure dans un fossé
une lumière étrange jaillit des cieux
au sommets du massif montagneux

à l’intérieur de nos têtes

tourne toi vers la bête sauvage
qui déchire ce monde finissant
fixe son regard une dernière fois
et cours jusqu’à l’épuisement

arrache-toi la tête

traverse les forêts
les montagnes, les lacs
les rivières
une dernière fois, vis
respire, ordonne encore à tes muscles
de se mouvoir
vite vite
nerveusement
ton corps désaxé
tes membres se meuvent dans toutes les directions
une dernière fois, brûle ta vie
avant la grande déconnexion
le monde s’achève, une dernière fois
carbonise tout

*

quand la réalité se disloque
quand le sol s’effondre sous tes pieds
ton œil gauche s’éloigne de ton œil droit
l’organisation qui est ton être n’est plus
et le monde qui est ton monde n’est plus non plus

les formes se mêlent
tu ne distingues ni le ciel, ni l’océan
ni les arbres, ni la brume
le monde replonge dans l’homogène magma, l’uniforme couleur,
l’un unique et les ténèbres insondables

:   130519_05   :

un autre monde pour toi est impossible
car tu n’es qu’une production de ton monde
tu es ce monde
aucun autre monde n’est valide pour toi

dans ce grand jardin où tu erres
depuis des temps immémoriaux
tu entends les voix familières
ce jardin est une construction dans ton cerveau

où es-tu passé
où es-tu passé
dans quel monde invalide
t’as-t-on enfermé

la grange infernale où tu dors
ressemble à un rêve
et un âne vient te parler
de l’Himalaya ancestral

un doigt âgé vole dans les airs
de la paille se forme un dinosaure
et la poutre envahis l’atmosphère
et toujours ces filaments partout

l’araignée cosmique a tissé sa toile
pour toi et pour tous les tiens,
enfants des bactéries et des virus
votre sort est scellé, damnés !
 
vous pouvez regarder la nature
vous pouvez vivre et vous reproduire
vous pouvez survivre et mourir
mais vous ne pourrez jamais m’échapper
vous êtes LE VECTEUR

je ne sais pas si je survivrai
mais il est certain que vous ne survivrez pas
jamais, vous êtes le messager
d’un message plus important
d’un message qui vous dépassera toujours

:  130519_06  :

reconstitution d’un atome préexistant
la duplication est enclenchée
nous avons franchis la limite
impossible

un monde impossible naît du chaos du monde ancien
comme si le temps de son ivresse
la loi nous avait ouvert une brèche
la porte dérobée de ce labyrinthe infernal

au matin, sur les braises déjà anciennes
nous dansons tels des loups encore pâles
ton horloge scande la renaissance de la vie
et une cloche résonne dans la brume

l’antique crochet se balance encore
sur sa chaîne rouillée
mais nous sommes déjà loin
sans aucun espoir de retour
le fil est rompu, nous sommes recomposés
ce fut si rapide,

le temps d’une inconscience

donne moi la main
regarde le paysage nouveau
ce matin nouveau
et cet horizon
ce soleil levant
nos êtres ont changé

cette rosée nouvelle
qui ne ressemble déjà plus à de la rosée
regarde
et les lois ont changé
il faut tout réapprendre

l’univers est différent
la matière est autre
nos corps sont recombinés
et nos esprit baignent dans un parfum étrange

encore cette clochette au lointain
ces formes ondulantes dans le brouillard
trouverons nous des semblables
ou sommes nous seuls

:  130519_07  :

la guerre fractale nous a disloqués
et la compression atmosphérique
nous a recombiné
notre nouvelle carcasse est une ossature d’acier

    TABULA RAZA
    TARULA ZEBRA
    RABULA ZERO
    ZERA BUBALA
    LABULA RAZE

nous sommes encore à l’interstice de deux mondes opaques
bardés d’exosquelettes tranchants
nos double-têtes oscillent au rythme chaotique du cosmos
et nos mouvements sont saccadés

     TABULA RAZA
    TARULA ZEBRA
    RABULA ZERO
    ZERA BUBALA
    LABULA RAZE

les lois ont changé
la vie a changé
nous avons brisé les vieilles tables
    
    TABULA RAZA
    TARULA ZEBRA
    RABULA ZERO
    ZERA BUBALA
    LABULA RAZE

:  130520_01  :

Les autres nous croient morts
et nous le sommes
et nous sommes aussi défragmentés
dans la grande centrifugeuse
dans cette aube nouvelle

à l’arrière du bâtiment nous attendons
nous sommes dans la file
une dame devant moi
parle à son chien, qui lui hurle comme un damné
nous sommes tous damnés

dans la rue les bouches d’égout irradient
une lumière glauque qui strie les ténèbres
cette seule lueur illumine la ville
notre vie a tellement changé depuis que nous sommes morts

la bave de ma voisine m’inquiète
son œil n’est pas humain, il n’est pas cosmique non plus
nous sommes ailleurs, nous sommes ailleurs

en tournant la tête un peu à droite
je distingue clairement un troupeau de yaks ensanglantés
vraiment après toutes ces transformations
je ne sais plus où je suis
ni ce que je suis, ni absolument comme toujours
mais surtout, ni relativement
et je ne comprend plus ce que vois
et quel sens tout cela
quand le monde a achevé de chavirer
vous ne savez plus si c’est un rêve
ou si c’est la vie.

je veux mourir
je veux mourir
mais je suis déjà mort
je suis déjà possédé
totalement encamisolé

ma tête cogne les murs
ma tête cogne tes têtes
ma tête cogne les carreaux
ma tête plonge dans ton sang
mes yeux tournent
puis mon regard est fixe
figé
connecté, déconnecté, connecté, déconnecté...

:  130520_02  :

Je croyais nos corps calcinés depuis longtemps
mais le grand démembrement carbonique ne fait que commencer
l’espace se déforme depuis quelques jours
et nos organismes en subissent les effets

la réalité a commencé à craquer dans nos têtes d’abord
puis désormais elle craque dans la rue
dans les campagnes, dans les montages et les lacs
dans le sous-bois
tout semble se déformer irrémédiablement
tout est difforme, mutilé, estropié

une nouvelle vie nous attend
ou alors la mort
mais notre passé est passé
nos états antérieurs ne reviendront plus

le bruit du monde devient plus fort à chaque seconde
l’éclatement de nos tympans fut un soulagement auditif
mais le bruit continuait d’augmenter
car nos corps devenaient tympans
les pressions infernales allaient définitivement nous démanteler, et disloquer le grand ensemble, une fois pour toutes !

alors les fondations de ce monde n’étaient pas inamovibles

et nous, nous avons trouvé
                une alternative
                                à la mort.

Classé dans : Poèmes - Mots clés : aucun -

Les lagunes de goudron

Rédigé par Tautavel - 06 février 2013

collaboration avec DREYT NIEN

en écoute sur le site du dendrobate


Au bord d’une lagune noire
Où se trame encore un crépuscule ce soir
Je noie ma chevelure dans la braise
Des cieux en feu et du goudron en ébullition

Je m’échoue dans la boue
Comme une sangsue verte dans un marais électrique
Ce ne sont pas des électrons, on l’a cru, longtemps
Mais ce sont des bêtes, des nuées de bêtes
Carnivores et Cranivores
Qui dévorent lentement les crânes
Des êtres endormis
Rien ne peut durer
Car ce qui dure n’a pas de  temps
Je me rappelle de ne pas dormir cette nuit

Un poulpe, brutalement éjecté hors des eaux par une vague
Se fossilise en formant un roc en suspension
Je me retourne pour me garder des éclaboussures de vapeurs  brûlantes
Et je vois, loin, l’ombre portée du monolithe qui rayonne pour ce soir
Feu de paille, comète, météo, de passage

J’étais un primate et une hyène affamée, je le sais
Dans mon dos le soleil nucléaire brûle encore avant de disparaître
Au centre d’une mélasse infinie
Qui contaminera mon horizon et rongera ma vision
Je n’évolue pas, je disparais

Je suis un rocher saillant
Ou une aube
Dans ce jour qui meure
Dans la nuit qui vient
Doucement
Comme le primate
Qui doucement, change de cap, dans ses os mêmes
Fourmillement des devenirs
Agitation fébrile à l’échelle des astres
Imperceptible au fil des jours

Dans ce sable mouvant
Où rien n’est figé
Aucune gravure ne persiste
Aucun monument ne tient
Aucun mot ne conserve son sens
Aucun poisson ne nage vivant
Nos livres, nos mots, nos paroles s’entassent sans ordre
Sédiments de la consciences sans ordre
Vivants, mort-vivants, morts
Couches successives, brisées,  écrasés ou ravivés
Transformés, combinés sans ordre

Je suis un rocher saillant
Ou une aube
Dans ce jour qui meure
Dans la nuit qui vient
Dans ces écrits qui s’effacent
Et ces mots nouveaux vomis par les flots
Fossiles, vapeurs, réincarnations, recombinaisons
Ma structure est un passage, un relais
Où passe un sentier étroit
Foulé par un spectre sans visage ni présence
Dont nul ne racontera l’histoire
Trop ténue, singulière
De passage dans cette lagune
Le jour, moi, la nuit
Nous repasserons demain,
Autrement, associés, mutés, horriblement déformés

 

 

Classé dans : Poèmes - Mots clés : audio -

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