rien dans le vent ou les arbres, lecture par un anonyme
Rédigé par Tautavel - 13 novembre 2016
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Ma vie en fosse
Rédigé par Tautavel - 14 novembre 2015
Je pourrais raconter ma vie en fosse
Les longues nuits infernales
Les silences pâle d”un long sommeil
La révoltante absurdité
Je pourrais tout raconter de ma vie
Sous terre, sous bois, sous roche
Sans pain, sans vin, sans main
Sans rien, sans faim, ni soif
Je pourrais raconter une sorte de vie
Morte, très morte, mortuaire
Une sorte de mort qui vit, qui revit
Une pierre qui grince, le ciel qui s”ouvre
Je pourrais raconter la vie de mes amis morts
Qui tombent au fond de la fosse
Qui vivent leur mort sans râle, nobles, fiers, avec moi
Qui parlent encore du fond de leur silence
Je pourrais vous raconter mon silence
Ma blessure mortelle - qui m”a jeté au fond
Ma haine, ma rage, mon retour parmi vous
Ma présence dans vos rêves et vos nuit
Et je pourrais encore raconter des histoires d”outre tombe
Des vraies, des fausses, vous ne saurez jamais
Vous ne croirez jamais comment c”est ici
Et vous ne verrez jamais la vie ici
Alors je pourrais toujours raconter la fosse
Mais vous n”entendriez que le vent
Des craquements étranges
Bruissements et bruits de feuilles mortes, des vers qui me rongent
Mais arrêtez-vous
Et écoutez ce silence éternel
Ce chant de voix défuntes
Qui comme les chiens,
Hurlent à la lune
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Dans un océan d'ondes magnétiques
Rédigé par Tautavel - 31 mai 2015
Dans un océan
D'ondes magnétiques
Je scrute l'améthyste
posée sur l'étagère
J'égrène le temps qui passe
et je songe encore à cette limace
Derrière dans la cour,
Derrière dans le jardin,
Où tu t'es cachée, avec le chien,
Ce chien qui grogne, qui aboie,
Ce chien qui court toute la nuit
Dans le jardin
Où la lune
A déposé sa poussière
Je vois encore ton sourire
Je vois encore ta pâleur
Tu es entrée dans le chien
Et maintenant tu cours
Et tu hurles dans la nuit
À la lune
La lune de ton visage qui grandit
dans le ciel nocturne
Ton visage est sur ma maison
ton sourire est dans ma maison
tu peau recouvre ma maison
ton souffle hante ma maison
https://dreytnien.bandcamp.com/track/150531
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Tranfert génétique instantané
Rédigé par Tautavel - 25 mai 2013
: 130519_01 :
Dans ce monde bancal
où rien ne tient droit
où tout est instable
tordu, déséquilibré et se fracasse
la matière ne repose
que sur un pied unique
le plus petit orage électrique
la fera basculer
dans le vide
le néant
le précipice
la nuit
Et dans cette nuit
où rien ne se tient
où tout est mouvant, à double visage
où tout n’est qu’ombre et mirage
Alors que ton corps chavire
doucement dans la plaine noire
nous ne trouvons aucun repère
pas un seul point fixe
aucun centre à notre ellipse
Pour mesurer nos métamorphoses
errance de nos corps dans un monde sans bornes
errance de nos esprits construits par eux même selon leur propres lois
dans un espace sans limite ou ne menant qu’à lui même
boucles et accélérateurs de ce monde sans loi
ce monde qui ne pouvait que se disloquer
se disloqua
: 130519_03 :
la nuit qui nous sépare
est d’une brume épaisse
ou nagent des segments de spectres
au centre, un noyau noir rayonne d’obscurité
et autour on sent les esprits qui rodent
ton âme décousue se balance entre les arbres
grimaçant avec ton sourire édenté
le sinistre espace que tu as hanté
tu ne dis mot, tu fixe l’horizon
dans le vent ton corps déchiré se balance
avec tes bras désarticulés
tes yeux de bois et tes narines obscures
seul ton poitrail pneumatique se meut encore
*
chromosomes étrangers à mon corps
reconstitution de ton être dans le mien
cellules souches marbrées
les clous dans ton cerveau et le marteau qui cogne
le transfert est programmé
ta reconstitution et enclenchée
renaissance d’un esprit
dans les membranes nouvelles
à rebours
génome synthétique
ré-encodage des fondations de ton esprit
puis à nouveau son développement,
ta régénération
toi,
pas un autre toi
toi
: 130519_04 :
déchirure fugace d’une plaie béante
crochets lancés au hasard
massacres d’âmes errantes
chocs des blocs de granit
au dessus de nos têtes
éclats de pierres
obus de mortier
tir de canon dans toutes les directions
c’est la guerre aveugle en plein été
autour de nos têtes
les terres se heurtent
le magma sous pression vrombit
le tremblement te réveille en pleine nuit
une épaule de cheval se déboîte, et ton œil tourne
en dessous de nos têtes
dans ton sommeil le rêve devient la réalité
et tu vois une licorne qui pleure dans un fossé
une lumière étrange jaillit des cieux
au sommets du massif montagneux
à l’intérieur de nos têtes
tourne toi vers la bête sauvage
qui déchire ce monde finissant
fixe son regard une dernière fois
et cours jusqu’à l’épuisement
arrache-toi la tête
traverse les forêts
les montagnes, les lacs
les rivières
une dernière fois, vis
respire, ordonne encore à tes muscles
de se mouvoir
vite vite
nerveusement
ton corps désaxé
tes membres se meuvent dans toutes les directions
une dernière fois, brûle ta vie
avant la grande déconnexion
le monde s’achève, une dernière fois
carbonise tout
*
quand la réalité se disloque
quand le sol s’effondre sous tes pieds
ton œil gauche s’éloigne de ton œil droit
l’organisation qui est ton être n’est plus
et le monde qui est ton monde n’est plus non plus
les formes se mêlent
tu ne distingues ni le ciel, ni l’océan
ni les arbres, ni la brume
le monde replonge dans l’homogène magma, l’uniforme couleur,
l’un unique et les ténèbres insondables
: 130519_05 :
un autre monde pour toi est impossible
car tu n’es qu’une production de ton monde
tu es ce monde
aucun autre monde n’est valide pour toi
dans ce grand jardin où tu erres
depuis des temps immémoriaux
tu entends les voix familières
ce jardin est une construction dans ton cerveau
où es-tu passé
où es-tu passé
dans quel monde invalide
t’as-t-on enfermé
la grange infernale où tu dors
ressemble à un rêve
et un âne vient te parler
de l’Himalaya ancestral
un doigt âgé vole dans les airs
de la paille se forme un dinosaure
et la poutre envahis l’atmosphère
et toujours ces filaments partout
l’araignée cosmique a tissé sa toile
pour toi et pour tous les tiens,
enfants des bactéries et des virus
votre sort est scellé, damnés !
vous pouvez regarder la nature
vous pouvez vivre et vous reproduire
vous pouvez survivre et mourir
mais vous ne pourrez jamais m’échapper
vous êtes LE VECTEUR
je ne sais pas si je survivrai
mais il est certain que vous ne survivrez pas
jamais, vous êtes le messager
d’un message plus important
d’un message qui vous dépassera toujours
: 130519_06 :
reconstitution d’un atome préexistant
la duplication est enclenchée
nous avons franchis la limite
impossible
un monde impossible naît du chaos du monde ancien
comme si le temps de son ivresse
la loi nous avait ouvert une brèche
la porte dérobée de ce labyrinthe infernal
au matin, sur les braises déjà anciennes
nous dansons tels des loups encore pâles
ton horloge scande la renaissance de la vie
et une cloche résonne dans la brume
l’antique crochet se balance encore
sur sa chaîne rouillée
mais nous sommes déjà loin
sans aucun espoir de retour
le fil est rompu, nous sommes recomposés
ce fut si rapide,
le temps d’une inconscience
donne moi la main
regarde le paysage nouveau
ce matin nouveau
et cet horizon
ce soleil levant
nos êtres ont changé
cette rosée nouvelle
qui ne ressemble déjà plus à de la rosée
regarde
et les lois ont changé
il faut tout réapprendre
l’univers est différent
la matière est autre
nos corps sont recombinés
et nos esprit baignent dans un parfum étrange
encore cette clochette au lointain
ces formes ondulantes dans le brouillard
trouverons nous des semblables
ou sommes nous seuls
: 130519_07 :
la guerre fractale nous a disloqués
et la compression atmosphérique
nous a recombiné
notre nouvelle carcasse est une ossature d’acier
TABULA RAZA
TARULA ZEBRA
RABULA ZERO
ZERA BUBALA
LABULA RAZE
nous sommes encore à l’interstice de deux mondes opaques
bardés d’exosquelettes tranchants
nos double-têtes oscillent au rythme chaotique du cosmos
et nos mouvements sont saccadés
TABULA RAZA
TARULA ZEBRA
RABULA ZERO
ZERA BUBALA
LABULA RAZE
les lois ont changé
la vie a changé
nous avons brisé les vieilles tables
TABULA RAZA
TARULA ZEBRA
RABULA ZERO
ZERA BUBALA
LABULA RAZE
: 130520_01 :
Les autres nous croient morts
et nous le sommes
et nous sommes aussi défragmentés
dans la grande centrifugeuse
dans cette aube nouvelle
à l’arrière du bâtiment nous attendons
nous sommes dans la file
une dame devant moi
parle à son chien, qui lui hurle comme un damné
nous sommes tous damnés
dans la rue les bouches d’égout irradient
une lumière glauque qui strie les ténèbres
cette seule lueur illumine la ville
notre vie a tellement changé depuis que nous sommes morts
la bave de ma voisine m’inquiète
son œil n’est pas humain, il n’est pas cosmique non plus
nous sommes ailleurs, nous sommes ailleurs
en tournant la tête un peu à droite
je distingue clairement un troupeau de yaks ensanglantés
vraiment après toutes ces transformations
je ne sais plus où je suis
ni ce que je suis, ni absolument comme toujours
mais surtout, ni relativement
et je ne comprend plus ce que vois
et quel sens tout cela
quand le monde a achevé de chavirer
vous ne savez plus si c’est un rêve
ou si c’est la vie.
je veux mourir
je veux mourir
mais je suis déjà mort
je suis déjà possédé
totalement encamisolé
ma tête cogne les murs
ma tête cogne tes têtes
ma tête cogne les carreaux
ma tête plonge dans ton sang
mes yeux tournent
puis mon regard est fixe
figé
connecté, déconnecté, connecté, déconnecté...
: 130520_02 :
Je croyais nos corps calcinés depuis longtemps
mais le grand démembrement carbonique ne fait que commencer
l’espace se déforme depuis quelques jours
et nos organismes en subissent les effets
la réalité a commencé à craquer dans nos têtes d’abord
puis désormais elle craque dans la rue
dans les campagnes, dans les montages et les lacs
dans le sous-bois
tout semble se déformer irrémédiablement
tout est difforme, mutilé, estropié
une nouvelle vie nous attend
ou alors la mort
mais notre passé est passé
nos états antérieurs ne reviendront plus
le bruit du monde devient plus fort à chaque seconde
l’éclatement de nos tympans fut un soulagement auditif
mais le bruit continuait d’augmenter
car nos corps devenaient tympans
les pressions infernales allaient définitivement nous démanteler, et disloquer le grand ensemble, une fois pour toutes !
alors les fondations de ce monde n’étaient pas inamovibles
et nous, nous avons trouvé
une alternative
à la mort.
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Les lagunes de goudron
Rédigé par Tautavel - 06 février 2013
collaboration avec DREYT NIEN
en écoute sur le site du dendrobate
Au bord d’une lagune noire
Où se trame encore un crépuscule ce soir
Je noie ma chevelure dans la braise
Des cieux en feu et du goudron en ébullition
Je m’échoue dans la boue
Comme une sangsue verte dans un marais électrique
Ce ne sont pas des électrons, on l’a cru, longtemps
Mais ce sont des bêtes, des nuées de bêtes
Carnivores et Cranivores
Qui dévorent lentement les crânes
Des êtres endormis
Rien ne peut durer
Car ce qui dure n’a pas de temps
Je me rappelle de ne pas dormir cette nuit
Un poulpe, brutalement éjecté hors des eaux par une vague
Se fossilise en formant un roc en suspension
Je me retourne pour me garder des éclaboussures de vapeurs brûlantes
Et je vois, loin, l’ombre portée du monolithe qui rayonne pour ce soir
Feu de paille, comète, météo, de passage
J’étais un primate et une hyène affamée, je le sais
Dans mon dos le soleil nucléaire brûle encore avant de disparaître
Au centre d’une mélasse infinie
Qui contaminera mon horizon et rongera ma vision
Je n’évolue pas, je disparais
Je suis un rocher saillant
Ou une aube
Dans ce jour qui meure
Dans la nuit qui vient
Doucement
Comme le primate
Qui doucement, change de cap, dans ses os mêmes
Fourmillement des devenirs
Agitation fébrile à l’échelle des astres
Imperceptible au fil des jours
Dans ce sable mouvant
Où rien n’est figé
Aucune gravure ne persiste
Aucun monument ne tient
Aucun mot ne conserve son sens
Aucun poisson ne nage vivant
Nos livres, nos mots, nos paroles s’entassent sans ordre
Sédiments de la consciences sans ordre
Vivants, mort-vivants, morts
Couches successives, brisées, écrasés ou ravivés
Transformés, combinés sans ordre
Je suis un rocher saillant
Ou une aube
Dans ce jour qui meure
Dans la nuit qui vient
Dans ces écrits qui s’effacent
Et ces mots nouveaux vomis par les flots
Fossiles, vapeurs, réincarnations, recombinaisons
Ma structure est un passage, un relais
Où passe un sentier étroit
Foulé par un spectre sans visage ni présence
Dont nul ne racontera l’histoire
Trop ténue, singulière
De passage dans cette lagune
Le jour, moi, la nuit
Nous repasserons demain,
Autrement, associés, mutés, horriblement déformés
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Petra !
Rédigé par Tautavel - 30 décembre 2012
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le végétal me guette
Rédigé par Tautavel - 27 décembre 2012
Je suis à l'infâme fossile
Dans la boue morte des yeux
Et la main rêche des choses
Encore une fois, le végétal me guette.
Et moi, et moi,
Tétanisé, je laisse flâner ma pensée
Comme l'écume,
Encore une fois, le végétal me guette.
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Oxydé
Rédigé par Tautavel - 12 février 2012
au sommet de la colline de feu
tu crois encore à cette brise ancienne
qui souffle en souvenir
en rêve spectral d'autrefois
flamme à la lisière d'un neurone
chancelle sous le feu du vent magnétique
le chien solaire hurle à la lune
et vent fou se lève encore
gouffre aux reflets dorés
lagune de bronze gorgée de serpents
l'écaille dans ton œil
le flux et le reflux de ton souffle
oxydé
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Sommeil paradoxal
Rédigé par Tautavel - 15 avril 2007
Cinq poèmes
Δ
Ma cabane est bariolée,
Ma cabane est bariolée,
à gauche, à droite,
J'y attache des tissus verts ou jaunes,
des écorces et des tapis,
Et je t'invite à quelque dîner envoûté.
Pour quelques lopins de terre,
Pour quelques lopins de terre,
Pour quelques figues mal cuites,
Je ronchonne comme un cochon
à la recherche d'une autre vue
D'une autre vue sur la berge.
L'antre du chien aux mille trèfles
Aux mille éclats de rose ensorcelée
Je rumine mon désespoir,
Je cogne aux portes du ciel,
Devant ta porte,
Je dépose ces quelques fleurs.
Le végétal me guète
Je suis à l'infâme fossile
Dans la boue morte des yeux
Et la main rêche des choses
Encore une fois, le végétal me guète.
Et moi, et moi,
Tétanisé, je laisse flâner ma pensée
Comme l'écume,
Encore une fois, le végétal me guète.
Sa Majesté la Neutralité
Elle est là, ferme et silencieuse,
Maussade et vaporeuse,
Elle se tient droit et ne répond rien
Et pourtant elle parle, déjà
La position la plus acrobatique qui soit
Inspire un équilibre ultime
Elle ne répond rien et pourtant elle parle, déjà
Ni oui, ni non, simplement là.
Inerte
Je suis un râle dans la vie,
Une sorte de fêlure abstraite et macabre,
A l'inverse de pégase je rampe dans les dunes
et recherche enfin le testament de mon âme.
Je ne veux rien, je ne veux rien d'autre que de l'hydrogène,
Je veux qu'une hydre se tienne perpendiculairement au mur,
Je veux qu'une crevasse s'ouvre dans le sable
Pour laisser s'échapper ce petit monstre qu'il renferme,
Je suis à bout, dans une fosse et dans le nerf du ciel,
Dans le cachot éternel du fossile qui revient ;
Le fossile revient, toujours, quand on dort, quand on somnole.
Il faut remuer les corps et réveiller la vie tous les matins.
L'inerte enfin l'inerte, cette pâle caricature de la vie,
Inerte tel un pauvre caillou,
Pauvre caillou, pauvres grains de sable, réveillez-vous
Réveillez les volcans !
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Déserts de pierre
Rédigé par Tautavel - 15 août 2003
Δ
Recueil de Poésie / Août 2003
Fossilisation d'une membrane déjà close ou tentative d'éclaircie dans l'impossible du rien, selon le jour, selon la nuit, on se retrouve d'un côté ou de l'autre de la lame tranchante d'un cercueil au sommeil fibreux, juste là, dans la chambre aux oiseaux.
On se relève chaque matin avec cette même question, cette insoutenable tentacule qui nous rejette aux débuts de la vie alors que ce n'est que le début du jour. Chaque matin, toute la vie est à recommencer. Il n'y a que certains soirs où l'on est soi.
Dans les nuages aussi ténébreux que le goudron, sur les chemins rocheux de quelque désert, aux confins de l'eau des roches à chaque fois on recalcule combien il nous reste, et il nous reste toujours très peu, jamais assez et jamais la même somme. Et pourtant il faut toujours avancer, vers une roche, un mont ou un lac.
Comment se relever du venin du désert ? Comment combattre des spectres ? Tentative d'éclaircie dans l'impossible du rien, tout est dans le cachalot géant qui garde tout pour lui, il s'agit de lui extirper la moindre parole sans comprendre un seul mot de son langage aussi ancien que les glaces célestes, glaces célestes et vallées de feu pour un dernier combat aussi vain qu'énigmatique. Fossilisation d'une membrane déjà close, aussi pâle que le dessein infini de la finitude enfin trouvée. Et pourtant encore et toujours insatisfait sur ce chemin rocailleux qui mène au crépuscule des riens mais qui nous reconnecte à chaque fois aux ondes.
100 exemplaires, dont 70 avec la revue du Réseau Souterrain n°9, et 30 en vente ici.
Déserts de Pierres est le premier recueil de poésie de Tautavel (M. de la Chanterelle). Vous pouvez le télécharger ici au format PDF :
deserts_de_pierres.pdf
ou le commander au format papier pour 10 Euro, il en reste encore dans le carton, cliquez sur ce bouton pour commander le livre :
Extraits.
La ficelle dans la boue
Ai-je dormi ?
Je ne crois pas.
Et pourtant les papillons, les couleurs, le citron...
Il y a bien longtemps, j'ai voulu chanter la pierre.
Je dormais et je dors encore
À l'abri d'un arbre peut être.
Ou sur la croûte du silencieux volcan.
Je me roule dans l'herbe,
Comme une roche sur le flanc d'un mont.
Grand ami des limaces, je recueille la rosée.
Mon œil est jaune, il le sait.
Et je le dis solennellement, Le visage à moitié perdu dans la boue, Rien n'est plus beau que le miel !
Lueurs de l'hiver
Lueurs de l'hiver
À travers ma fenêtre
Flocons et astéroïdes, gerçures
Aveugle dans l'hiver qui vient
Danse dans un pré invisible
Royaume du son
De l'espace que parcourt ma main
Au soleil de granit.
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Rien dans le vent ou les arbres
Rédigé par Tautavel - 17 décembre 2002
Δ
Rien dans le vent ou les arbres
Dans la liqueur du soir qui coule déjà le long des troncs,
Qui fuit aux horizons.
Rien dans l’eau ou les algues.
Le plancton, les scalaires et les cachalots.
Et toi, avec tes cheveux, Pourquoi sculptes-tu la pierre,
Quel message de poudre as-tu à nous livrer,
Quelles pensées fermentent à la lueur de ta bougie qui veille ?
Un poison, un champignon vénéneux.
Et toi, tu brises les tables ? C'est un venin, un venin à soulager.
Le cachalot a pondu un œuf, et tu manges cet œuf,
As-tu vu ce vieillard sur le chemin ?
Ce vieillard que plus rien n’effraie et qui t’a tous révélé.
Il est le charme diabolique intérieur, il est beau.
Le fond de son oeil c'est le royaume d'Hadès. Voilà ce que je sais.
Les années passent comme une mule sur un vieux sentier terreux, et elles n’ont rien à dire, ou ne semblent rien dire. D’ailleurs je ne sais toujours pas d’où vient, ni ce que veut ce noyau au cœur noir comme le soir de ce que je crois être l’âme et qui rayonne d’horreur au milieu d’un lac dont l’eau ne cesse d’envoyer ses parfums de glace aux mille tournesols qui le cerclent. Et je n’ai jamais cru en la géométrie qui pourtant reste seule à flamber dans un cirque jaune.
J’ai cru que ce noyau était enflammé et même ensorcelé, et les soirs, aux temps des barbecues, le feu m’évoquait nécessairement la vie, et la braise le sommeil, et la fumée la vie qui fuit vers l’horizon ténébreux et autoritaire de la mort, la mort qui semble sourire lorsqu’elle perce les nuages. Sourire hideux de la mort qui attend frémissante, juste au-dessus et pas loin, regarde, à gauche la confusion et sa maîtresse la béatitude. Mais tout n’était qu’illusion ; tout n'était qu'élans préhistoriques, offrandes géologiques, fossilisations spirituelles, héritage bactériel de temps immémoriaux où nos ancêtres, les microbes, par une diabolique combinaison chimique et alchimique furent les tyrans abominables de cette terre déjà âgée de quelques millions d’années. En réalité je me demande si tout ceci signifie quelque chose. Si toutes ces années en fosse ne m’ont pas aigri et surtout s’il reste de la tarte à la rhubarbe. Il en reste. Bon présage, je suis de la bonne illusion pas de la réalité.
Je marchais au bord de ce lac ; une nuit. Ce qui me frappa tout d’abord c’était ce silence insolite et hostile. J’entendais le sang sous la peau et ce n’était pas mon sang naturel, mais un sang modifié par l’atmosphère émanant du lac. J’ai marché pendant plusieurs heures avant de me coucher dans une prairie pour caresser les dociles étoiles. C’est ainsi que je vis un cachalot géant suspendu au ciel comme une guirlande multicolore. J’ai cru en Dieu dans ma jeunesse, plusieurs fois, je me suis agenouillé — c'est vrai, je le jure, mais c'était par crainte, uniquement par crainte de Dieu et ses anges, par peur du morbide jugement dernier, par culpabilité, par crainte de l'atroce douleur promise, je n'ai JAMAIS cru par foi — , mais ma vieillesse transpire d’une liqueur plus amère et aspire Dieu dans sa farandole des âges passés, mirage passé, je suis guéri de Dieu, immaculé de la douloureuse alliance mais je n'en n'ai jamais réellement été malade, jamais. Tout ceci fait que je ne crois plus en ce cloué. Lis l'œil des Jésus-Christ de la terre et tu sauras si l’on meurt du feu ou de la glace. Mais certes, l’un ne va pas sans l’autre et pour être parfaitement honnête, aujourd’hui la glace est maîtresse. Inventons un brise-glace ou une pêche amère.
Te souviens-tu de ces vieilles soirées forestières des anciennes familles de pierre et des bijoux cachés dans les arbres ? Et de cet éclair qui tomba soudainement sur l’arbre, le plus haut dont devait, quelques siècles plus tard naître le feu. Personne ne l'a vu, oh non ! Mais tout le monde en a vu la marque. Insaisissable et fourbe, le feu a craché son venin dans la glace majestueuse. Dans la haute glace on perçoit encore la marque des choses, le stigmate saignant et sacralisé, divinisé, la maudite blessure qui nous cloue aux arbres à tout jamais. Dieu n'est pas à la Vie. Il faut arracher la vie de toute hypnose du stigmate, la rendre au ciel bleu et nébuleux, ne pas la laisser danser dans Dieu et sa chimie. De tout infini Dieu est dans le délire d'outre tombe, l'esprit transpercé de magie noire le fait renaître éternellement comme la mort renaît tous les jours de la vie.
Rien dans le vent ou les arbres, vous ne voyez rien, il faudra bien qu'un jour, enfin, vous ne voyiez rien dans le vent ou les arbres pour que la vie puisse, tendrement et charnellement s'y installer et pour que vous puissiez enfin créer. Créez !
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Le transfert des plaques (Horizon 2)
Rédigé par Tautavel - 25 juin 2002
Δ
La brume se levait en secret des limbes sur les hauts calcaires aux herbes ; la domination, ici, des pierres, de leurs vieilles légendes, renaît, dans les voltige et diffusion de la poussière en suspension. Un peu plus bas, aux abords d'un étang plus vaste, plane une lumière qui par moments se condense et forme des flammes froides dont les rayons vaporeux, fumants et fuyants brûlent ton œil, caressent ta joue, et dansent parmi de fins fils dans un fluide extrêmement lent où foisonnent les symboles de vie en pierre, vis à même la pierre, en plein centre d'un disque jeté désespérément au soleil qui l'avale et qui te menace. Tu te déhanches doucement dans la musique des herbes vibrantes aux vents, ta robe noire soulève aussi les poussières blanches. La crête des monts recueil les innombrables gouttes d’humidité accumulée au cours de la nuit et les redistribue dans la plaine, immense et sauvage, noire elle aussi. Je me noie dans un étang et tu n’as que faire de mes balbutiements de vivant face à la très haute mort. Tu as bien raison de ne rien voir, vis tant que vis, aveugle de tout, et aveugle de moi. Tu danses, folle, dans la brume dense à en perdre la tête ou le corps. Je viendrai te rejoindre quand je serai spectre. Et je serai spectre, et je serai le roi d'un pays naissant que j'explore d'une main et que je noie dans l'autre. Et cette autre main elle même est en oscillation face à la terre nerveuse, à la pierre qui chante aveuglément et inlassablement une mélopée immatérielle et nuisible. Vas-t-en, vas-t-en et reviens demain, une nuit je te rejoindrai quand je serai spectre. Je te rejoindrai quand je serai spectre.
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Horizon
Rédigé par Tautavel - 15 juin 2000
Le carré, unique, se démultiplie sur la surface, face et froide et jaune du creux du sel des pierres qui n'existent pas sans œil percé par ta dent, blanche. La fragmentation du tissu des sphères, verts, des morceaux de bois de plastique des arbres abattus vivants, la pullulation des bêtes, l'augmentation des yeux, des asticots vivants dans le fromage, les routes sont encombrées, se dispersent et dévoilent sur la plaque infinie jaune dans le ciel du sol un squelette de pus géant égorgé vivant par les os dans la casserole. Celui-ci a été élevé puis rejeté à l'infini à 10 mètres au-dessus de la plaque mais projette encore son ombre sur un territoire de sang et de pute du mec crevé par les fusils. Les spirales aussi qui se développent ainsi dans les rayons du centre de lumière voilée vers cet au-delà de lumière de conscience où l'être se perd à force de dissipation de brouillard sans rien enregistrer de son parcours à travers la surface de la terre par manque de magnétisme. Pute du con de ta mère ! Lave les taches sur le mur grand qui va loin dans la flotte bleue immergée par le ciel dans les gencives d'une fille amoureuse des yeux du bois. Le frottement vibratoire glauque des océans dans le sel créé dans le soleil à une époque où les singes ne s'étaient pas encore changés en hommes pour maîtriser la terre, gratte la tache venue de l'est emportée par le vent des plaines et par l'envol des croix de Jésus. Il y a bien longtemps que plus personne ne marche vers là-bas car la force qui attirait les pieds s'est évanouie pour laisser place à une terre aride où l'on crève de la soif du manque de l'eau dans l'estomac. Mais il reste encore dans le sable les visages des hommes changés en bois pour regagner leur place dans la galaxie des couches de sel. Damien va au supermarché et achète des oranges, il craque et déchire la peau du fruit cueilli et vendu pour la survie et pour sa vie car la vitamine contenue lui augmentera son potentiel de force. Le fruit entre dans la bouche où il sera broyé, une partie sera déjà digérée par la salive, le reste sera transmis à l'estomac par un mécanisme d'ingurgitation où la chimie estomacale s'occupera de tirer le jus vital, les restes seront rejetés par l'organisme et seront utiles à d'autres êtres vivants. La plaque recueille la merde et la dissimule sous ses couches de bois, c'est ainsi que la merde est niée et que les forces d'autrefois se sont évanouies pour enfouir les merdes ; il a fallu refouler la merde dans des flux de vase pour survivre à la boue qui a été aspirée par les cerveaux pour survivre à la puissance du monde. Et cet envol vers le lointain du bois que plus personne ne connaît plus n'est plus possible car tous les canaux de fuite ont été remblayés pour lisser la surface et nous faire parvenir à une utopique sagesse ultime des pierres, et il ne reste plus aujourd'hui qu'un petit monticule de terre molle à l'intérieur duquel pousse un arbre roux en bois. Le bois va conquérir les plages de l'Atlantique de façon à constituer un amas globulaire pour les jeunes filles. Et la musique cassera ses instruments à la crevasse.
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Quand
Rédigé par Tautavel - 30 mai 1997
Quand
Quand la nuit tombe sur le monde
Que les nuages roulent à même la terre
Que l'horizon est voilé
Que l'orage lourd et sourd étale sa puissance
Que les astres sont absents
Que la lune a fui
Toi
Rampant
Quand même ton regard s'est détourné
Que ton cœur s'endurcit
Que tes mains se refroidissent
Toi
Criant
Sans mots
Quand ton souffle siffle dans ta gorge
Que je n'entends aucun son
Quand les âmes se taisent
Mais
Que des paroles se perdent dans l'immensité
Se dispersent dans le désert
Toi
Grimaçant dans mon dos
Quand ta tête bascule en arrière
Montre tes yeux d'un autre monde
Toi
Vieille puissance
Vieille naissance
Quand sortent de la mer des animaux nouveaux
Quand des piliers se renversent
Et du feu
Ou plutôt des flammèches
Des feux follets
Toi
Rien
Toi
C'est toi !
Le vieux dieu !
Rends les limaces !
Elles veulent du monde
De la nuit
De la pluie
Du végétal
Un organisme et de machiniques organes
Pour s'évader du pays de l'esprit
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